Anna Gavalda « Fendre l’armure « 

Présentation de l’auteur ( site de la maison d’édition « Le Dilettante)

On me demande d’écrire quelques mots pour présenter mon nouveau livre aux libraires et aux critiques et, comme à chaque fois, ce sont ces quelques mots qui sont les plus difficiles à trouver. Je pourrais dire que c’est un recueil de nouvelles, que ce sont des histoires, qu’il y en a sept en tout et qu’elles commencent toutes à la première personne du singulier mais je ne le vois pas ainsi. Pour moi, ce ne sont pas des histoires et encore moins des personnages, ce sont des gens. De vrais gens. Pardon, de vraies gens. C’est une faute que j’avais laissée dans mon manuscrit, « la vraie vie des vrais gens », avant que Camille Cazaubon, la fée du Dilettante, ne me corrige : l’adjectif placé immédiatement avant ce nom se met au féminin. Quelles gens ? Certaines gens. De bonnes gens. Cette règle apprise, je suis allée rechercher tous mes « gens » pour vérifier que tous s’accordaient bien et j’ai réalisé que c’était l’un des mots qui comptait le plus grand nombre d’occurrences. Il y a beaucoup de « gens » dans ce nouveau livre qui ne parle que de solitude. Il y a Ludmila, il y a Paul, il y a Jean (!) et les autres n’ont pas de nom. Ils disent simplement « je ». Presque tous parlent dans la nuit, pendant la nuit, et à un moment de leur vie où ils ne différencient plus très bien la nuit du jour justement. Ils parlent pour essayer d’y voir clair, ils se dévoilent, ils se confient, ils fendent l’armure. Tous n’y parviennent pas mais de les regarder essayer, déjà, cela m’a émue. C’est prétentieux de parler de ses propres personnages en avouant qu’ils vous ont émue mais je vous le répète : pour moi ce sont pas des personnages, ce sont des gens, de réelles gens, de nouvelles gens et c’est eux que je vous confie aujourd’hui. (A.G.)

Mon avis
Des nouvelles comme Anna Gavalda sait les écrire. Des nouvelles qui parlent de « gens » comme elle le dit elle-même. Des gens dans leur fragilité, dans leur solitude, dans leurs tourments. L’écriture est simple mais parfois déroutante (comme dans la première nouvelle)!

Extraits 

– Et de sourire enfin me permettait de pleurer enfin. Pas de la petite larmichette amère comme à l’instant d’avant ou au café le matin même, mais de bonnes grosses larmes bien rondes, bien grasses et bien chaudes. Du corps qui lâche. De la dureté qui cède. Du chagrin qui fond.

Note: 3/5

Le Dilettante, 2017, 285p.

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Citation du jour 

Après les nuages, ce qu’il y a de plus beau au monde c’est un livre. Christian Bobin « Les ruines du ciel » 

Publié dans Citation du jour | Laisser un commentaire

Canesi & Rahmani « Villa Taylor »

Quatrième de couverture 

Diane, jeune executive woman au caractère bien trempé, dirige avec succès une banque d’affaires parisienne. Son ascension professionnelle fulgurante est aux antipodes de sa vie personnelle, qui se résume à un mot : désert. Un désert surgi des zones d’ombre de son enfance. A la mort de sa grand-mère, Diane hérite de la mythique Villa Taylor de Marrakech. Ce lieu a accueilli quelques-unes des plus grandes figures du XXe siècle, Franklin Roosevelt, Winston Churchill, Charlie Chaplin, Malcolm Forbes, Yves Saint Laurent, et d’autres encore. Une demeure qui renferme toutes les clés du passé de Diane, scrupuleusement dissimulées par son entourage. La première idée de la jeune femme est de vendre la propriété, mais cette maison mystérieuse, protégée du monde par la luxuriance de son parc, va entrer en résistance. Revient alors chez Diane l’obsession de retrouver la mère qu’elle n’a pas connue. Halima, la gouvernante, Hassan, le jardinier aveugle, et Agathe, l’amie de sa grand-mère, vont aider Diane à lever le voile sur les énigmes de sa vie. Tout est prêt, ne manque qu’un amour étrange et violent, aussi ténébreux que les sous-bois du parc. Il attend, chargé d’un enivrant parfum de menthe, il emportera bientôt Diane, enfin prête à vivre.

Mon avis 

Une femme à la recherche de ses origines. Mais le véritable personnage de ce roman est une maison et son jardin: Villa Taylor. Et en toile de fond un pays: le Maroc. Un roman d’atmosphère, de sensations, de parfums, d’un autre temps. Un roman comme un voyage. Un bon moment de lecture, malgré quelques clichés  et une fin inconcevable!

Extraits 

– Comme elle est lourde, la douleur de la perte; elle s’installe, cruelle, au creux de nos corps et seuls m’apaise trop les sanglots étouffés. 

– Dans la vie,…, il y a toujours un parfum qui nous guide. Tout d’abord nous n’en sentons que des bribes, il faut suivre le vent mais il est souvent trompeur, il nous égare, pourtant il ne faut jamais renoncer car c’est ce parfum qui nous révèle à nous-mêmes.

– Les senteurs … sont les couleurs de nos vies, sans elles tout est terne et gris.

– Peut-on avoir la nostalgie d’un temps qui n’existe pas encore, d’un temps où plus rien ne subsiste de nous ou si peu, un habit, un parfum sur un foulard, une photographie heureuse ? Assurément oui.

– Quand le soleil disparaît… on reste triste et le cœur serré dans le noir, jusqu’au moment où les étoiles s’allument pour rappeler qu’il y a toujours quelque chose au-delà… (Churchill)

– Les gens ont toujours de bonnes raisons d’accabler ceux qui entrevoient le bonheur.

– Le parfum est l’âme des fleurs…

– Certaines rencontres marquent une vie d’un sceau brûlant. 

– (le thé à la menthe) … . Il est comme le bonheur, on se brûle à vouloir trop vite en jouir et, une fois dégusté, il laisse au fond du verre quelques gouttes sombres chargées de marc, comme une nostalgie…

– On rencontre sa destinée par les chemins qu’on prend pour l’éviter. (Churchill)

– … car, pour être supportable, la vie doit se draper dans l’étoffe des rêves…

Note: 3,5/5
Éditions Anne Carrière, 2017, 363p.

Publié dans Litterature française | Laisser un commentaire

Citation du jour 

Lire ressemble à regarder l’horizon. D’abord on ne voit qu’une ligne noire. Puis on imagine des mondes. Erik Orsenna « L’entreprise des Indes »

Publié dans Citation du jour | Laisser un commentaire

Citation du jour 

… c’est par la lecture que les événements se préparent et que les jugements s’éclairent. Madame de Staël « De la littérature (considérée dans ses rapports avec les institutions sociales) »

Publié dans Citation du jour | Laisser un commentaire

Dominique Costermans « Y a pas photo »

Quatrième de couverture 

La vie est-elle soluble dans l’écriture ? La fugacité des choses, le sentiment du temps qui passe, sont-ils d’abord une question de regard ? Vaut-il mieux capturer la passion avec des mots ou au 125e de seconde ? Voici vingt-cinq textes drôles, tendres ou féroces, qui promènent le lecteur de la banlieue de Berlin-Ouest aux Jardins de la Villa Borghese, de Viterbo à Chaillac, des cafés chics aux supermarchés de province, et où revient souvent une ville en perpétuel chantier. Vingt-cinq textes émouvants et engagés, où se croisent Khnopff et Magritte, Panamarenko et Cartier-Bresson, la marchande de gaufres de la Gare du Nord et Jean-Pierre Verheggen. Véritable manifeste pour la liberté d’expression et le droit d limage, ce recueil révèle la beauté des choses anodines au voyeur ému qui sommeille en nous.

Mon avis

Un recueil de petits textes autour de la photographie et de l’écriture. Des instants, le temps d’une photo ou pas.  » Je l’ai lu comme on feuillette un album de photos… » dit une lectrice à l’auteur. Et cela résume bien le livre. 

Extraits

– (Épigraphe) L’œil, songez à lui. Il boit la vie apparente pour en nourrir la pensée. Il boit le monde, la couleur, le mouvement, les livres, les tableaux, tout ce qui est laid, et il en fait des idées. Guy de Maupassant

– Écrire donne du sens à ce qui n’en a pas, mais quel est le sens de ce qui est écrit, après ?

– Au Delhaize, elle observe les conserves comme je le ferais du rayon livres de poche chez Tropismes. 

– Le pari, lecteur chéri, adorable lecteur, c’est que tu « imagines »! C’est là tout le beau lien, le jeu subtil et excitant, la merveilleuse passerelle que jettent les, entre toi et moi: si je te disais tout, si je te décrivais tout dans le détail, quel plaisir prendrais-tu à me lire? Où se déploierait ton imagination ? Sans toi, sans ta merveilleuse petite usine à rêves, à quoi me servirait-il d’écrire?

– Rien ne dirait, dans la photo, tout ce que je tentais de lui communiquer, là, avec les mots: la superposition de nos vies, les villes qui changent, les choses qui remontent du passé un instant puis s’évaporent, le temps qui passe.

– La photo n’est qu’une extension de mon regard.

Note: 3,5/5

Éditions Luce Wilquin, 2006, 92p.

Publié dans Littérature belge | Laisser un commentaire

Irène Némirovsky « Le pion sur l’échiquier »

Présentation de l’éditeur 

Portrait sans concession d’un homme  » condamné à vivre « , Le Pion sur l’échiquier est, dans l’œuvre d’Irène Némirovsky, un roman à part, qui n’est pas sans rappeler « Le Feu follet » de Drieu la Rochelle. Marié, père d’un enfant, Christophe Bohun est rongé par le mal-être. Ni son métier, ni sa femme, ni son fils, ni son père vieillissant ne trouvent grâce à ses yeux ; par dessus-tout, il déteste sa propre vie routinière, son manque d’envergure. Son seul plaisir, avec le vague souvenir d’une femme jadis aimée, est le sentiment de liberté que lui procure sa voiture. Lorsque, ruiné, il est obligé d’y renoncer, il prend soudain conscience de cette « peine profonde et incompréhensible » qui le submerge depuis si longtemps. Sur fond de crise économique, dans la France des années trente, Irène Némirovsky exprime avec beaucoup de lucidité le désespoir d’un homme dont le paysage intérieur se confond avec le sombre tableau de l’époque, au fil d’un roman cruel qui n’a rien perdu de sa force

Mon avis

L’histoire d’un homme qui déteste sa vie ou ce qu’elle est devenue. Le manque d’argent l’obsède. Il ne connaît plus vraiment l’amour. Les idées noires et la mélancolie l’envahissent. Il sombre au fil des pages dans le désespoir le plus total. Un roman sombre, cruel, introspectif sur un homme loin d’être attachant. Ce roman fait écho à la situation de l’auteur, tenaillée par les problèmes d’argent et l’inquiétude pour le lendemain.

Extraits 

– Il faut avoir le cœur et la tête libre pour songer à l’amour…
– La vie même la plus magnifique, ne vaut que par l’amour.

– Comme je voudrais ranimer en moi de l’amour, un jour , seulement, une heure, pour avoir quelque chose d’autre dans ma pensée que la vie quotidienne. 

– Chacun d’eux savait exactement quelles images se levaient dans la mémoire de l’autre, devinait les paroles que les lèvres déshabituées des baisers, des mots d’amour, ne prononceraient pas. 

– « Le beau soleil… les printemps, les soleils d’autrefois… Finis, finis à jamais … » Mais c’était déjà beau, songea-y-il, cette mémoire du passé, de ce court et orageux passé, qui avait gardé toute sa saveur, sa fleur première, pour n’avoir jamais été touché avec des mots, des souvenirs maladroits, qui avait, intact pendant tant d’années, au fond de leurs cœurs. 

Note: 3,5/5

La Pochotèque, Tome 1,p.833-p.967

Publié dans Litterature française | Laisser un commentaire